LE MOUTON À 5 PATTES – Montrer des trajectoires professionnelles atypiques

Au cours de nos rencontres, le terme “mouton à 5 pattes” est revenu dans toutes les bouches, suivi du même double constat difficile : il est vécu comme indispensable ET introuvable.

Avec pour chaque acteur un écho révélateur de limites mal posées : pour l’entrepreneur de TPE les limites de la définition de son besoin de compétences pour réussir un recrutement satisfaisant et rassurant, pour le conseiller Pôle Emploi les limites de sa capacité ou de son obligation à trouver un candidat qui soit un modèle unique(ment) adapté à l’entreprise qui recrute ou un clone du salarié à remplacer (1) et pour le demandeur d’emploi les limites de sa polyvalence et de son adaptabilité (2).

1- On peut avoir une fiche de poste axé sur des savoirs faire, des savoirs-être, des compétences, et qu’on fait évoluer. Bien sûr on prend en compte dans la fiche de poste la fonction essentielle, les tâches pour lesquelles on recrute.

2- J’ai l’impression que dans une petite entreprise, il faut donner plus de soi, être plus disponible et pouvoir changer ses horaires, faire des heures sup. …

Ce besoin de (faire) correspondre exactement empêche chacun de faire un pas vers l’autre, de (se) découvrir et d’ajuster son niveau d’exigence. Cela peut se vérifier à chaque étape : lors de la rédaction de l’annonce pour la TPE avec le conseiller Pôle Emploi (3), lors de la sélection de CV par le conseiller Pôle Emploi, lors du choix des candidats à recevoir en entretien pour la TPE, lors de la recherche d’annonce et d’envoi de candidature pour le demandeur d’emploi (4).

3- Il est nécessaire d’aider l’entreprise à faire la fiche de poste, ils veulent recruter, mais ils savent pas exactement pour faire quoi, c’est pas cohérent dans l’organisation de l’entreprise, car souvent il y a une exigence en terme de compétences, d’expérience, de polyvalence, de disponibilité qui n’est pas du tout en adéquation avec la rémunération proposée, c’est souvent le cas. On dit qu’ils cherchent des moutons à cinq pattes pour presque le SMIC, guère plus. Il faut leur dire “là vous ne trouverez pas, ou alors il faut faire autrement, ça ne colle pas”. Pour la polyvalence, on ne va pas se baser sur la formation initiale, on va se baser sur les savoir-être, la flexibilité des dirigeants…euh des salariés. Oui la flexibilité il faut qu’elle soit des deux côtés. Il y a un besoin d’extrême polyvalence dans les TPE PME.

4- Une TPE, c’est familial mais il y a peu de perspective d’évolution, ça c’est dommage. Pour évoluer dans une TPE, il faudrait que la TPE évolue elle-même.

Ces constats nous poussent, au cours de la deuxième semaine, à souhaiter expérimenter des pistes permettant de valoriser les profils atypiques, les trajectoires professionnelles non linéaires ou la diversité des expériences : au moyen d’une galerie de trajectoires ou de portraits de travailleurs “que l’on attendait pas là”, ou d’un jeu de famille des TPE dans lequel “Chacun cherche son mouton à 5 pattes”.

Les axes de travail seront de permettre de travailler en amont du recrutement (ou lorsque l’annonce n’a pas fourni de candidature) à faire dégonfler les attentes inatteignables, de proposer à l’entrepreneur de prendre conscience qu’il a des lunettes et d’en changer, de décadrer le regard du recruteur, de lui proposer de retracer aussi sa trajectoire ( “Et vous, vous venez d’où?”), de sortir des critères classiques de l’annonce, de mieux tenir compte des compétences informelles (5), de ne pas exclure d’office certaines candidatures. Pôle Emploi, par sa relation privilégiée avec la TPE, devenant expert du recrutement atypique (6) ?

5- Demandeur d’emploi : «Je m’occupe beaucoup quand je n’ai pas de travail, je fais du sport, du jogging, je lis et je fais aussi de la méditation»

Recruteur : «Ha, d’accord, vous êtes donc quelqu’un de posé, c’est bien»

DE : «Oui, oui, j’ai appris la maîtrise de soi et à relativiser »

R : «Très bien donc si je vous propose un travail à responsabilité avec des personnes avec quelques difficultés, ça ne vous posera pas de problème ? »

DE: « Oui, ce qui compte c’est le savoir-être et l’adaptabilité. Moi je peux m’adapter »

6- Pour les recrutements classiques les chefs d’entreprise vont se tourner vers Pôle Emploi. Pour les recrutements un peu atypiques, quand ils ont déjà un peu utilisé le réseau, creusé un peu les choses ils vont se tourner vers nous (=cabinets de recrutement, syndicat d’employeurs, réseaux professionnels…)